Cinq choses à ne pas dire à un(e) attaché(e) de presse

Suite à notre article du mois de juin 2018 sur les cinq choses à ne pas dire à un journaliste, nous avons posé la même question à deux RP . Ce sont Emilie Melloni-Quemar d’Agence Anonyme Paris A2 et Morgane Falaize de l’agence Minuit Douze qui nous ont dévoilé chacune à leur tour et avec humour les cinq choses à ne pas dire à un RP. Tenez-vous le pour dit …

Emilie:

« Je fais un événement la semaine prochaine, voilà l’invitation, je souhaite 50 journalistes. »

Et là, nous devons réaliser le miracle de la semaine. Les journalistes préparent leurs agendas un mois (au minimum) à l’avance, mais ne répondent pour la plupart qu’à la dernière minute. Donc mieux vaut prévenir votre RP au minimum un mois à avant votre événement afin que celui-ci soit une belle réussite et pour communiquer rapidement les informations aux médias.

« Sur cette mission, vous pensez avoir combien de retombées ? »

Je pense qu’en lisant cette phrase, beaucoup de RP ont dû se remettre de bons souvenirs en tête. Il est impossible de quantifier une communication, car nous ne sommes pas quantifiables du fait des aléas de l’actualité qui influent sur les médias. La venue de Bill Gates dans le Vercors qui l’eut cru? Et pourtant il vient à la dernière minute, que faire ? Ou encore vous planifiez un événement à Paris et une affaire politique sort de terre, que faire ?… Communication de crise, on doit faire avec. Je sais bien que les marques dépensent pour une prestation de mise en relation de leurs informations vers la presse, mais la presse reste libre de ses sujets et peut reporter ses dossiers qui ne sont pas enclins avec l’actualité chaude du moment.

« Pouvez-vous demander au journaliste de m’envoyer son papier pour relecture ? »

Alors là, je crois que c’est une des pires questions qu’on puisse me poser. Cette situation est super délicate. Le journaliste est libre de ses mots, nous ne pouvons pas imposer à un journaliste de faire relire son papier par le client, ce n’est plus de la presse dans ce cas, mais une sorte de publireportage… il faut aussi laisser les professionnels faire leur travail et un journaliste est un expert de sa plume dont les écrits sont sa propriété intellectuelle.

« Pouvez-vous éteindre votre téléphone ? »

C’est la question à ne pas me poser ! Eteindre mon téléphone c’est comme me demander de ne plus respirer. Je suis RP, je suis communicante, je ne peux pas éteindre mon téléphone, c’est juste impensable, non vraiment, c’est impensable..

« J’ai du retard, pouvez-vous décaler l’interview téléphonique avec le média que j’ai dans 10 minutes à demain par exemple ? »

C’est une des questions que tout RP voudrait ne jamais recevoir car cela signifie deux choses :

1- laisser tomber le dossier sur lequel on travaille et donc en perdre le fil conducteur.
2- devoir prendre contact avec le journaliste pour lui demander de décaler l’interview sans savoir si cela sera possible. Quand un journaliste répond à une demande d’un RP, c’est le premier pas vers une parution et sans rémunération directe pour le média. Dans le monde des RP, il n’y a rien de plus important que de trouver des solutions pour garder les horaires de rendez-vous avec un média pour ne pas décaler les journalistes dans la rédaction de leurs articles et donc de sécuriser les parutions.

 

Morgane:

« Oh je vois, donc tu fais de la pub. »

Pas du tout ! Notre métier consiste notamment à fournir aux journalistes des informations qu’ils choisissent ou non de relayer. Contrairement à de la publicité où l’on achète un espace, en relations presse nous avons essentiellement un rôle d’influence. Si le journaliste estime que nos informations vont intéresser son audience, alors il les retranscrit dans un article ou un passage radio ou TV ; mais rien ne l’y oblige.

« Avec la montée en puissance des youtubeurs, streamers et autres instagrameurs, c’est la mort des agences RP. »

Cela a déjà été dit avec le développement des réseaux sociaux qui étaient perçus comme une menace pour les agences RP traditionnelles. Finalement, ce n’est qu’une opportunité supplémentaire pour les agences de s’adapter et de développer de nouvelles compétences!

Ces nouveaux relais d’information ne remplacent pas (totalement) les medias traditionnels, ils les complètent. Une campagne de communication peut désormais être déployée sur une multitude de supports, et les messages déclinés selon la bonne adéquation entre le contenu, la cible et le format : des relations presse classiques (médias print, online, TV et radio), sur des chaînes YouTube, dans des stories sur Instagram, sur des médias exclusivement « sociaux » type Brut, Hero, des partenariats avec des talents sur Tik Tok ou Snapchat etc. Les possibilités sont quasi infinies, les seules limites seront notre imagination, le budget alloué et les contenus que les clients peuvent fournir. Evidemment cela nécessite d’étoffer ses équipes de profils experts, un(e) attaché(e) de presse ne pouvant pas être sur tous les fronts.

Entendre sur un salon : « C’est plutôt cool ton métier, tu participes à de super événements où tu passes ton temps à discuter et à manger des petits fours »

Les événements (qu’ils soient presse ou grand public) sont un des vecteurs de communication de la palette de l’attaché(e) de presse. C’est l’occasion pour nos équipes de sortir de leur bureau, de rencontrer des interlocuteurs avec lesquels on échange toute l’année (journalistes, partenaires, prestataires, confrères…)… Cela permet de (faire) tester les produits des clients, de mettre à l’épreuve nos argumentaires… Et soyons totalement honnêtes, il y a souvent une soirée d’inauguration qui permet de lancer les hostilités de manière plutôt agréable. Néanmoins chaque événement demande beaucoup de préparation en amont : logistique, prises de rendez-vous, montage la veille etc. Les journées sont longues et éprouvantes physiquement (le bruit que peuvent générer certains stands, les douleurs lombaires à piétiner sur son stand toute la journée…).

Et il ne faut pas oublier que pendant que l’on est mobilisé sur un événement, nous ne pouvons bien sûr pas avancer sur nos autres projets ou clients ; c’est donc d’autant plus de travail qui nous attend de retour au bureau, sans compter qu’il faudra évidemment produit un bilan en bonne et due forme. Alors oui les événements et les salons sont des bouffées d’oxygène qui cassent notre routine quotidienne ; ce sont des temps forts incontournables et de belles opportunités.

Quand un client nous dit : « Je veux passer au 20h de TF1 »

Le JT de TF1 est encore pour beaucoup le St Graal des retombées presse, l’objectif ultime, le facteur qui déterminera qu’une campagne RP est un succès ou non. En tant qu’agence nous avons un rôle de conseil primordial. Bien sûr un passage télévisé offre une visibilité incroyable, cependant l’audience est-elle en adéquation avec le public visé par la campagne de  communication ? Si l’activité du client est de développer les systèmes d’impression des distributeurs de billets de banque, un média grand public, à moins d’un angle pertinent et d’une histoire intéressante, ne sera pas le meilleur vecteur (et ne sera tout simplement pas intéressé par le sujet !).

Quel est l’objectif de la retombée presse : travailler l’image, la notoriété, vendre, recruter, évangéliser sur une thématique… ? Nous devons avant tout identifier les médias qui offriront la visibilité la plus appropriée pour atteindre nos objectifs, et cela peut nous amener à travailler avec des médias très pointus qui toucheront une niche mais seront ultra efficaces.

« Organisons une conférence de presse ! »

Nous sommes en 2018. Les journalistes sont moins nombreux dans les rédactions et doivent couvrir de plus en plus de sujets. Leur temps est précieux et limité, ils n’ont plus beaucoup de temps à consacrer aux présentations presse, conférences et autres portes ouvertes. Ils vont privilégier les marques et entreprises les plus emblématiques, celles dont ils (et leurs lecteurs / auditeurs / spectateurs) ne peuvent se passer, et passeront leur tour pour les autres. Ces événements demandent beaucoup d’énergie, un peu de budget aussi, et peuvent être très décevants pour les clients s’ils sont peu fréquentés.

Les agences de relations presse prennent donc moins de risques et favorisent d’autres dispositifs : une annonce streamée sur Internet (diffusée en direct) qui peut donc être suivie à distance, une tournée des rédactions, des envois de produits pour test, des interviews en one-to-one ou même par email… Ou bien un événement pan-européen auquel seuls quelques médias triés sur le volet seront conviés, sachant qu’ils bénéficieront d’une certaine exclusivité (contenu, interviews etc.)

 

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