Comment gérer sa vie professionnelle et un projet d’écriture ?

Quand vous rentrez du travail, que faites-vous ? Une bonne série sur Nettflix ? Un bain chaud ? Certains se remettent à la tâche pour écrire leur livre, malgré la fatigue accumulée tout au long de la journée. Pas facile de gérer sa vie professionnelle et sa vie sociale tout en aspirant à devenir auteur, pourtant Erik Bertin et Nicolas Couégnas, Marie-Laure Laville, Jean-Philippe Couturier, Catherine Borie et Karine di Fusco, Philippe Renard et Stéphane Michel y sont parvenus. Nous avons recueilli leurs témoignages et leurs conseils.

Pourquoi écrire un livre et comment vient l’idée ?

Jean-Philippe Couturier s’est très tôt intéressé au rôle que les nouvelles technologies allaient jouer dans la transformation de nos modes de vie et des modèles de business et d’organisation des entreprises. Au cours des 50 conférences qu’il donne tous les ans depuis 2014 en France et à l’étranger, plusieurs personnes lui ont demandé s’il avait écrit un livre sur le sujet pour approfondir la conférence. Il s’est alors pris au jeu de la demande et s’est interrogé sur comment l’IA allait transformer le management, les industries et la société civile.

Le chef étoilé Philippe Renard  a passé 24 ans de sa carrière dans les cuisines de l’Hôtel Lutetia, il voulait laisser une trace de son passage dans cet établissement d’exception, avec des photos de ce bel endroit. Réaliser le livre  » A la table de Philippe Renard » est un hommage à ce lieu mythique de la rive gauche.

Stéphane Michel a toujours écrit de la fiction en parallèle à son métier de journaliste mais rarement cherché à les commercialiser, faute de temps, travaillant beaucoup. Il y a un peu plus d’un an, il s’est retrouvé avec un plus de temps libre et en a profité pour écrire un roman « Un ange passe » et le soumettre à des maisons d’édition.

Comment gérer vie professionnelle et écriture d’un livre en parallèle ?

Erik Bertin : « Dans la réalité, ce sont deux temporalités qui se disent non mutuellement. Il faut donc constamment essayer de glaner des miettes de temps et d’énergie ici et là. Mais l’écriture d’un livre amène aussi un grand souffle d’air dans la vie professionnelle ».

Marie-Laure Laville : « Le week-end, les vacances et surtout le soir, l’inspiration vient plus facilement, il y a moins de distractions, c’est plus calme. Dès que vous avez une idée, notez-la. Il ne faut pas perdre de vue son objectif et se fixer une feuille de route et une discipline de travail. C’est un travail fastidieux, la motivation doit être au rendez-vous avec une bonne dose de détermination. Il faut gérer son temps et écrire régulièrement ».

Karine di Fusco et Catherine Borie quiont co-écrit ensemble, travaillent de façon très différente voire même opposées. Karine travaille sur des plages très courtes avec une forme de pression qui la rend plus efficace et créative. Elle a un emploi du temps rigoureux et cale ses temps d’écriture entre ses séances de coaching. Catherine est maman de deux enfants et elle a donc bloqué dans son agenda des créneaux dédiés à l’écriture durant lesquels elle n’a accepté ni animation de formation, ni consultation, contrairement à Karine, elle n’arrive pas à écrire entre deux rendez-vous.

Philippe Renard : « Pour ma part, le timing était parfait, le Lutetia fermait pour travaux et je n’avais pas encore la Table du Luxembourg. J’ai donc pu me consacrer à 100 % à ce livre durant un an ».

Stéphane Michel : « Il faut beaucoup de discipline. J’écris mes romans, le matin très tôt. Quelques lignes tous les jours. Ensuite, il faut se dégager aussi du temps pour pouvoir faire la promotion du livre (salons, signatures privées, conférences…) ».

Est-ce que la publication de votre livre vous a apporté des bénéfices dans votre activité ?

Erik Bertin : « Cette activité de publication, au-delà de ce livre, me procure une certaine légitimité, notamment dans un milieu académique autre que mon milieu professionnel ».

Marie-Laure Laville : « Des rencontres formidables, des opportunités de prise de parole dans un écosystème. Ecrire un livre permet de prendre de la hauteur, de se positionner comme un expert et de partager des expériences. Rien de tel pour faire le point sur son métier, son écosystème, dégager les évolutions, les grandes tendances et une vision marché ».

Karine di Fusco et Catherine Borie : « nous avons fait de très belles rencontres et fait grossir notre réseau, mais nous avons aussi gagné en notoriété et crédibilité professionnelles. Le livre est encore aujourd’hui un moyen de se positionner en tant que professionnel sur un secteur. Enfin, cela a fait germer l’idée d’une conférence à deux voix en entreprise qui a très vite été plébiscitée par nos clients respectifs. A deux voix… à trois en fait ! Nous allons créer une conférence avec un comédien français ».

Quel serait le conseil que vous donneriez à ceux qui veulent se lancer dans l’écriture et qui disposent déjà d’un emploi du temps bien rempli par leur vie professionnelle ?

Marie-Laure Laville : « Ecrire un livre, c’est un défi, on s’expose. C’est une épreuve, qui se termine par un immense plaisir, comme s’il s’agissait de la naissance d’un nouvel enfant alors mon conseil c’est de lâcher prise et d’être soi-même».

Jean-Philippe Couturier :  « Il faut se lancer dans l’aventure car c’est une très bonne expérience. Le plan et l’écriture prennent du temps mais l’approfondissement et la relecture peuvent être beaucoup plus chronophages. C’est donc important d’être bien entouré pour ne pas lâcher son sujet …s’organiser et ne pas avoir peur de demander de l’aide ».

Stéphane Michel : « Segmenter. Écrire un peu tous les jours, même quelques lignes, cela permet d’avancer. Noter ces idées au fil de la journée sur un carnet. Relire et retravailler son texte quand on a un peu plus de temps ».

Erik Bertin: « Passion et patience sont pour moi les compagnons inséparables de cette aventure ».

Biographie:

Erik Bertin est Directeur Général adjoint en charge des Stratégies McCANN Worldgroup France. Docteur en Sémiotique et enseignant à Sciences Po et à Paris V, il a co-dirigé avec Nicolas Couégnas l’ouvrage « Solutions sémiotiques ».

Marie-Laure Laville est une professionnelle reconnue du monde de la communication et des médias. Elle occupe aujourd’hui le poste de directrice générale France de l’agence mondiale LEWIS et a écrit: Les relations resse à l’heure du digital – des influenceurs aux ambassadeurs – 

Jean-Philippe Couturier, expert de l’IA et du management vient de sortir son premier ouvrage intitulé « Lorsque mon boss sera une intelligence artificielle ».

Catherine Borie  et Karine di Fusco  ont comme point commun : la gestion du stress. Pour être passées par là toutes les deux, elles savent combien les personnes qui ont vécu un burn-out souffrent d’un déficit cognitif. Pendant plusieurs mois, elles ont modélisé, au travers de leurs expertises respectives, une approche globale et efficace qu’elles ont eu envie de livrer au plus grand nombre à travers un livre : « Assurer après un burn-out ».

Philippe Renard est sollicité en1991 pour restructurer les cuisines de l’hôtel Lutetia, le seul palace de la rive gauche. Il accepte et devient Chef d’un 4 étoiles de luxe où il reste 24 ans. En 2014, à la fermeture du Lutetia pour des travaux de rénovation, Philippe Renard écrit A la table de Philippe Renard, un livre sur ses merveilleuses années passées en tant que Chef étoilé.

Stéphane Michel est journaliste et auteur du livre  Un ange passe