Entretien avec Elisabeth Guignaud-Le Berre : Le quotidien d’une pigiste

Elisabeth Guignaud-Le Berre est une passionnée d’histoire, de littérature et de photographie au parcours atypique. Née dans un magasin de télévision, cette journaliste était prédestinée à travailler dans le monde des médias. Pour nous elle a accépté de se livrer au jeu des questions réponses sur sa vie de pigiste. 

Quelle est la journée type d’une pigiste?

Je me réveille tôt. A 6h30, je suis en général devant mon ordinateur. Je regarde les réseaux  sociaux professionnels comme LinkedIn ou Facebook (réseau constitué pour moitié de contacts professionnels), lis quelques articles de médias en ligne ou ceux postés par mes amis personnels ou contacts professionnels sur les réseaux. Articles économiques ou sur la Turquie, l’Afrique, l’art ou la littérature … J’écris ou relis des articles commandés, vérifie mes photos. Vers 9h, je passe en alternance avec mon travail d’écriture et de relecture mes coups de fil professionnels.Vers 11h ou 12h, je file en bus prendre un café à Bordeaux (je réside dans une ville de la Communauté urbaine) tout en épluchant différents quotidiens (trois souvent) C’est l’heure de ma revue de presse. Un changement d’activité qui équilibre mon travail et « aère mes neurones ». Une pause salutaire qui active mes capacités. Il m’arrive aussi de croiser des personnes que je connais qui s’intéressent à mes activités ou d’en connaître de nouvelles. Je déjeune sur le pouce ensuite avant de revenir en début d’après-midi me replonger dans mon travail de rédactrice que j’interromps pour le diner. Après je regarde des documentaires et me détends. Je publie aussi sur les réseaux des articles repérés et lus auparavant …

Comment sélectionnez-vous vos ses sujets?

Je réponds à des commandes et dans ce cas je ne choisis pas mes sujets. Parfois, cela recoupe mes centres d’intérêt. Par exemple une page historique ou le portrait d’une gabière, embarquée sur un vieux gréement. L’univers des femmes marins m’intéresse en ce moment. Je rédige et je prends aussi des photos pour certaines commandes, réalise et monte quelques vidéos sur mon smartphone (portraits d’entrepreneurs)… Ma revue de presse quotidienne m’apporte des sujets potentiels. Un voyage à Istanbul, la réflexion dans un TGV aussi. Les occasions ne manquent pas. Mais, je suis aussi obligée de sélectionner mes sujets par rapport aux rédactions susceptibles d’accepter des sujets « de l’extérieur ». Le samedi, je fréquente un marché et le dimanche des bouquinistes mais là aussi mes activités professionnelles sont toujours omniprésentes. Je cherche des idées pour des sujets. J’observe ou j’écris. Je feuillette les suppléments week-end du quotidien régional. Je parle avec les personnes que je rencontre.

Par quel moyen trouvez-vous des informations?

La recherche en ligne est un peu à l’image d’une pelote de laine. Il suffit parfois de la dérouler. Et au fur et à mesure le puzzle se complète. Ensuite le réseau peut aider. Je pourrais illustrer mon propos avec de récentes investigations sur un sujet qui concerne les Bretons. Une discussion avec une amie d’origine bretonne m’apporta le sujet et de fil en aiguille au gré des rencontres (archivistes, membre de société historique, témoignages) les informations sont venues, se complétant au fur et à mesure. En effectuant ma revue de presse quotidienne « papier », je peux trouver des informations également.

Sur quel sujet travaillez-vous en ce moment ?

Un sujet que j’ai proposé à une rédaction pour un supplément week-end et qui concerne l’arrivée des Bretons sur le Bassin d’Arcachon en lien avec la pêche à la sardine. J’ai particulièrement apprécié la bienveillance rencontrée au cours de mes recherches. Je suis d’origine bretonne par ma mère et née dans la Baie du Mont-Saint-Michel. La première fois que je suis partie à Istanbul c’est grâce à mes contacts dans la diaspora bretonne. Mais je rêverais aussi de proposer des sujets concernant Paris. Trois générations de Parisiens du côté de mon père. Et quelques sujets très intéressants dans « mes cartons » inspirés par les récits de l’histoire familiale.

Je suis à l’écoute de nouvelles propositions: tenir une chronique ou une revue de presse. Collaborer à des émissions de télévision (Histoire ou reportages). J’aime franchir les frontières, celles qui ne sont pas forcément géographiques. Je fais déjà partie en tant que téléspectatrice d’un groupe de réflexion pour l’audiovisuel.

Conter l’histoire des sultanes turques, des princes phanariotes ou des minorités stambouliotes. Passer l’actualité au crible dans une chronique à l’occasion.  Ecrire pour des revues féminines… Car, j’ai aussi des sujets concernant les femmes comme des portraits d’entrepreneures déjà réalisés en vidéo et adaptables en version papier ou web. On rencontre des femmes  formidables qui  méritent que l’on parle d’elles, de leurs activités. Elles déploient une énergie incroyable.

Oui mais voilà… Le problème n’est pas tant de trouver des sujets que d’arriver à les placer auprès de rédactions souvent rétives à toutes propositions venues de l’extérieur. C’est très frustrant.