Focus sur l’AJMed, l’association des journalistes médicaux de la presse grand public

Agnès Duperrin et Rica Etienne, les deux co-présidentes de l’AJMed, nous présentent le fonctionnement et les actions de l’association. Petit point sur le métier de journaliste santé dans le contexte actuel.

Conseil d’administration de l’AJMed : Agnès Duperrin, Cendrine Barruyer, Rica Etienne et Raphaëlle Barter

Pouvez-vous nous présenter l’association AJMed ?
L’AJMed est l’association des journalistes médicaux de la presse grand public. Elle regroupe une cinquantaine de journalistes tous médias confondus, presse écrite, radio, web, télévision. Elle a été créée pour permettre aux journalistes de réfléchir ensemble et réagir au mieux à l’actualité médicale et sanitaire, à l’époque de sa création les bouleversements liés au SIDA, aujourd’hui l’impact de la perte de la biodiversité et du réchauffement climatique sur la santé.

Quelles sont les actions de l’association ? Lesquelles sont les plus populaires auprès des journalistes membres ?
Les orientations de l’association ont changé. Autrefois, nous organisions volontiers des rencontres hors des sentiers battus avec des intervenants rarement rencontrés en conférence de presse et des cessions de formation  interne hors de celles proposées par les autorités de santé et les laboratoires pharmaceutique; C’est encore parfois le cas mais aujourd’hui nous misons surtout sur le réseau entre nous, la google list qui permet des échanges entre membres, une vie associative, de la solidarité, des propositions de collaborations, des conseils sur le choix d’un expert pour nos articles etc. Nous préparons actuellement un blog SENS ( santé, environnement, solidarité), qui répond aux enjeux majeurs actuels d’information sur la santé en lien avec l’environnement et la planète, pour prendre notre part dans la nécessaire transmission d’informations sur le sujet, afin de partager avec le public les coulisses de nos enquêtes.

De nos jours, les réseaux sociaux et Internet fournissent de nombreuses opportunités aux journalistes de rentrer en contacts et/ou de créer des liens  avec des confrères d’un même secteur. Qu’apporte de plus l’adhésion à une  association de journalistes ?
Ca change tout, avec la google list le lien est direct, en un clic, on touche 50 journalistes dans la même branche, qui peuvent vous répondre, vous aider à affiner votre point de vue… dans un cadre plus pertinent et plus chaleureux. Rien ne remplace le contact direct ! Lorsque le besoin se fait sentir nous pouvons aussi organiser une formation sur nos droits, le fonctionnement de nouveaux outils techniques …

Comment communiquez-vous avec vos membres ?
Essentiellement par la google list, en direct par téléphone, ou lors d’échanges à l’occasion de conférence de presse ou de congrès. Nous participons également aux trophées signatures santé qui mettent en avant le travail de nos collègues en presse écrite, radio, tv, internet et presse internationale. Et  nous organisons tous les ans une fête qui nous rassemble en juin.

Quel est le grand défi que rencontrent les journalistes santé actuellement ?
La profession est de plus en plus menacée. Dans certaines rédactions, tout le monde est censé tout savoir faire, de la santé, comme du tourisme ou des chiens écrasés. Il faut être polyvalent. Dans d’autres rédactions, il est de plus en plus difficile de trouver du temps pour aller sur le terrain, ce qui est pourtant indispensable pour témoigner de l’actualité, surtout quand elle est polémique. Or, l’information santé est spécifique, elle est à la fois scientifique et touche le corps, l’intimité, la vie de chacun d’entre nous. C’est un long apprentissage. Comment poser les bonnes questions, si on ne connaît pas les acteurs, les enjeux, les pièges de la lecture des études publiées … ? Le défi, c’est de défendre cette spécificité, de la valoriser, de la faire reconnaître. C’est très important pour lutter contre les fake news qui peuvent se révéler redoutables dans le domaine de la santé ! C’est aussi pourquoi nous avons créé le blog SENS. Nous mettons bénévolement notre expertise au service du  grand public, c’est une manière d’affirmer notre spécificité en toute indépendance, de nous engager pour l’avenir.

Plusieurs sondages ont mis en avant la baisse de confiance du public pour  les médias et les journalistes en général. Est-ce que cela touche aussi le secteur des journalistes santé/médicaux selon vous ?
Pourquoi serions-nous épargnés ? Ceux qui réfléchissent savent que les journaux ont changé, que les rédactions sont dirigées par des hommes d’affaire et non plus des journalistes, que la publicité oriente de plus en plus les choix éditoriaux, alors oui, nous pensons qu’il y a un impact dans notre domaine aussi. Mais nous travaillons main dans la main avec les médecins de terrain pour aider nos lecteurs à ne pas passer à côté des informations qui leur permettent de protéger leur santé et d’être soigné au mieux.

Quelles recommandations feriez-vous à un(e) jeune journaliste souhaitant se spécialiser dans la santé/médecine ?
De faire son métier avec rigueur et passion. On a besoin de cette information plus que jamais à l’heure des réseaux sociaux rois. C’est une orientation passionnante et exigeante. Même si au train où vont les choses actuellement, nous nous  demandons sérieusement comment va évoluer le métier. Serons-nous tous “reworld médiatisés” avec des frontières de plus en plus étanches entre le rédactionnel et la pub ?
Des sociétés de journalistes se lèveront-elles comme c’est le cas aujourd’hui à Mondadori ( Top santé, Dr Good…) pour préserver l’éthique journalistique ?
L’avenir nous le dira… En tout cas, à ce journaliste, nous lui souhaiterons bonne chance !

 

Retrouvez Agnès Duperrin et de Rica Etienne sur Twitter et toute l’actualité de l’association sur le site de l’AJMed.