Interview d’Anne Eveillard : « 1 Epok formidable vise un public qui aime prendre du recul sur des thèmes de société ».

Anne Eveillard est une passionnée d’écriture et avant de créer 1 Epok fomidable, la journaliste a travaillé 15 ans dans la presse médicale, puis pour des magazines tels L’Officiel Voyage, Psychologies, L’Hôtellerie-Restauration, Saveurs. Parallèlement, de 2008 à 2015, elle a collaboré aux titres du pôle lifestyle du groupe Express-Roularta : Maison Française, Maison magazine, Côté Paris, Décoration Internationale, L’Express Styles. Anne est également auteur d’une vingtaine de livres (guides pratiques, romans et documents). Cette mordue d’écriture a notamment assuré la direction éditoriale du best-seller du Dr Véronique Vasseur, Médecin-chef à la prison de la Santé, paru en 2000 aux éditions du Cherche Midi. Anne intervient aussi régulièrement sur des thématiques liées à la communication, auprès d’étudiants des université de Nanterre et Angers. A travers cette interview la fondatrice d' »1 Epok formidable » nous raconte son tout nouveau projet éditorial.

Quel est ce nouveau projet ? Quelle en est la cible ?

Ce nouveau projet est l’adaptation papier du webzine 1Epok formidable, que j’ai créé en 2008. Cette nouvelle revue, destinée à sortir deux fois par an en librairie, vise un public qui aime prendre du recul sur des thèmes de société, mais aussi sur ce et ceux qui nous entourent.

Pourquoi lancer une version « papier » du webzine 1 Epok formidable alors que de plus en plus de journaux se tournent au contraire vers le numérique ? Est-ce un complément de votre édition numérique ?

Si la presse quotidienne, hebdomadaire, voire mensuelle souffre des lecteurs qui boudent le papier pour lui préférer le Web, je pense qu’il y a de la place pour des revues en librairie qui ne misent pas sur l’actualité brûlante, mais posent un ton et un regard distancié, voire décalé sur notre société. Un ton de journalistes et d’auteurs (de romans, d’essais…), couplé au regard de photographes et d’illustrateurs : c’est l’esprit de la version « papier » d’1 Epok formidable. Car, en 2018, on lit l’actu et les « alertes » en temps réel sur son téléphone, mais un portfolio s’apprécie davantage sur du papier et dans un format 23 x 32 cm – qui est celui de la revue 1 Epok formidable –. Donc, oui, la revue est une sorte de complément à l’édition numérique. Toutefois, aucun article, aucune photo, aucun dessin de la version « papier » ne sera accessible sur le webzine. La revue est un objet à part, avec son propre contenu.

 

Pourquoi avoir choisi de ne pas intégrer de publicité ? Pourquoi le tirage se limite-t-il à 1 000 exemplaires ?

Plusieurs marques m’ont déjà approchée pour mettre de la pub dans le webzine. J’ai toujours refusé. Car le webzine est un espace de liberté : je ne souhaite aucune pression de qui que ce soit quant au contenu. Pour la version « papier », j’ai maintenu ce parti pris. Et pour financer la conception (direction artistique et maquette), ainsi que la fabrication (imprimeur « made in France »), j’ai mis en place un partenariat avec deux marques intéressées par le contenu et celles-ci ont pré-acheté un certain nombre d’exemplaires, ce qui a permis de créer, faire, imprimer… et payer les contributeurs. Quant au tirage limité à 1 000 exemplaires, il s’explique par une question de coût et de manque de recul quant à la façon dont le public va s’approprier la revue. Au cinéma comme dans l’édition ou la presse, on ne peut jamais savoir à l’avance si un film, un livre ou un nouveau journal va « rencontrer son public »… mais je l’espère vivement !

 

Quel est d’après-vous l’avenir de la presse papier ?

Son avenir est compliqué… Selon moi, l’actu quotidienne, immédiate, urgente, brûlante, va de plus en plus se lire sur un téléphone. Je dis souvent, aux étudiants que je côtoie, qu’ils ont une agence AFP embarquée dans leur smartphone… En revanche, pour ce qui est du travail d’analyse des journalistes, des prises de recul éditoriales ou encore de la mise en avant de la photographie comme regard différent et singulier sur notre époque – il n’y a pas que le selfie dans la vie ! -, j’ai la faiblesse de penser qu’il reste des lecteurs et des curieux pour les apprécier, même s’il faut payer pour y accéder.

 

Quels sont les atouts du numérique et ses limites pour la presse ?

Le numérique a changé notre approche de l’actualité immédiate. Avec notre téléphone, nous sommes tous des agences AFP ! Nous savons tout sur tout, tout de suite. Au même moment, gratuitement, je sais comment s’appelle le « royal baby », le nom de l’équipe qui a gagné le match de foot, de quoi ont parlé Trump et Macron, le temps prévu pour le lendemain et pourquoi ça « pète » à Bagnolet… Ça, dans l’absolu, c’est fabuleux ! Moi qui ai connu, au début des années 1990, les dépêches AFP à découper et dispatcher dans les différents services d’une rédaction, plusieurs fois par jour, je ne peux pas dire le contraire. Mais, revers de la médaille : cette info immédiate et gratuite compromet la survie de la presse « papier » telle qu’on la connaît. Et ce d’autant que les moins de 30 ans fréquentent peu les kiosques.

 

Comment travaillez-vous pour trouver des informations ? Avez-vous des outils spécifiques pour cela ?

J’écoute France Info, je lis Ouest-France, Le Courrier de l’Ouest et Le Parisien. Je n’ouvre plus aucun hebdo. Je ne regarde jamais un 20 Heures. Je parcours les communiqués et dossiers de presse qui me paraissent intéressants. Et surtout, je sors de chez moi. Car l’info est dehors, ses acteurs aussi. Google, Wikipedia et Skype ne remplaceront jamais une interview de visu, une rencontre imprévue, une anecdote, un détail qui va orienter un sujet autrement. Quant à mes « outils spécifiques », ce sont deux ordinateurs (un fixe, un portable), un smartphone, une imprimante, un appareil photo capable de faire de la vidéo, des stylos, des carnets et de bonnes… chaussures !

 

Quels conseils donneriez-vous aux attachés de presse qui souhaitent collaborer avec vous ?

Je ne leur donne aucun conseil, car elles connaissent leur métier. Je leur dis juste : étonnez-moi !