Cinq façons d’énerver un journaliste

David Sykes est un ancien journaliste qui travaille aujourd’hui pour l’agence Carrington Communication. Il a donc connu ces deux professions qui intéragissent l’une avec l’autre quotidiennement et a accepté de nous livrer par écrit les cinq façons d’énerver un journaliste. 

Avant de travailler dans une agence de relations publiques, j’ai été journaliste pendant cinq ans dans des salles de rédactions. Quand j’étais journaliste,  je travaillais avec des personnes qui faisaient exactement ce que je fais actuellement, mais mes expériences n’ont pas toujours été positives. Il est vrai que comme beaucoup de journalistes j’étais souvent grossier avec les RP  qui ne cessaient de m’appeler pour me vendre leurs histoires sans intérêt.

La plupart des journalistes que je connais n’ont pas besoin de passer par un attaché de presse pour décrocher une interview avec un chef d’entreprise. Cependant même le journaliste le plus têtu devra admettre qu’il a vraiment besoin de nous et qu’il est possible de créer une relation productive sans qu’elle ne soit jamais embêtante. Les journalistes sont bien trop conscients qu’ils risqueraient de rater de bonnes informations et se mettre à dos les RP qui pourraient leur jouer des tours en asséchant leurs sources d’informations. Ils préfèreront toujours avoir leurs boites mail pleines de bons sujets clé en main, utilisables n’importe quand. Il faut quand même bien avouer qu’il y a des techniques communes aux RP qui sont agaçantes.

Voici les 5 points que j’ai trouvé les plus énervants quand j’étais journaliste :

1 – Les appels impromptus – Vous pouvez être le plus sympathique des attachés de presse, mais si vous appelez un journaliste dans une rédaction pour lui donner des informations, il faut vraiment que ce soit des informations incroyables, des scoops qui peuvent être diffusé directement dans le numéro en préparation. Si ce n’est pas le cas, alors vous perdez votre temps et le journaliste va tout faire pour raccrocher son téléphone le plus rapidement possible. Plus vous êtes sympathique et plus le journaliste va se culpabiliser de couper court à la conversation et cela ne va pas aider. Les emails sont de loin la meilleure solution pour approcher un journaliste dans un premier temps.

2 – L’invitation à prendre un café – Il y a quelques temps, un RP m’a invité à le rencontrer autour d’un café ou d’un déjeuner de travail. Pour un RP ce genre de rencontre est une belle opportunité pour faire passer les informations sur lesquelles il est en train de travailler. Malheureusement cela n’arrive jamais dans les salles de rédaction. La première fois que j’ai reçu ce type d’invitation, j’ai ressenti un peu de jalousie vis-à-vis du RP car passer 24 heures dans une salle de rédaction est trépidant, c’est un environnement extrêmement stressant ou chaque second nous rapproche de l’heure de bouclage et qui ne nous permet pas de perdre du temps. Peut-être qu’il existe des salles de rédaction différentes et moins stressante, mais de mon expérience,  l’idée de prendre 20 minutes pour rencontrer un PR qui peut ou ne peut pas être utile est juste inimaginable.

3 – Les données locales – travailler dans une salle de rédaction régionale et locale m’a fait chaque jour connaitre des frustrations comme lorsque quelqu’un m’appelait pour me soumettre d’importantes informations locales, avec son lot de graphiques montrant quelque chose de nouveau et de potentiellement intéressant. Malheureusement, dès qu’il commençait à expliquer son histoire je devais le couper car si vous appelez une rédaction locale, elle ne sera pas intéressée par des nouvelles régionales. Si vous appeler une rédaction régionale, elle ne sera pas intéressée par des nouvelles nationales. Même si la société qui a commissionné la recherche se trouve au coin de la rue, l’histoire n’est pas pertinente à moins que les chiffres aient un rapport avec la zone dont s’occupe le journal.

4 – Le mensonge amical – Pour nous, RP, il est très facile de trouver les noms des personnes que nous vison et qui travaillent dans les rédactions, mais à plusieurs reprises il m’est arrivé que des RP me fassent bouillir le sang en utilisant ces informations. Un jour, un RP a appelé la rédaction en expliquant à la personne qui répondait au téléphone, qu’il travaillait avec un de ses collègues sur un article et qu’à ce propos ils voulaient la confirmation d’une interview. En réalité c’était faux et il espérait duper le journaliste en lui faisant croire que si son collègue était intéressé par l’histoire alors c’est qu’elle devait être bonne pour lui aussi. Il espérait que l’atmosphère dans la rédaction soit si toxique qu’un journaliste serait heureux de voler le sujet d’un autre sans même le lui dire. Évidemment, la supercherie entière s’effondre lorsque le journaliste demande à ses collègues si le PR dit vrai, ou (comme cela m’était arrivé une fois) la personne qui répond au téléphone est le journaliste lui-même.

5 – Le communiqué de presse fantôme – En travaillant dans les médias audiovisuels il y avait une frustration qui revenait régulièrement que les RP oublient souvent. Ils nous procurent un communiqué de presse avec des informations vraiment fortes et intéressantes mais la personne qui est au centre de ces informations est en vacances, en voyage d’affaires ou simplement injoignable pour une interview et personne d’autre n’est disponible pour aider. C’est particulièrement énervant pour les médias de l’audiovisuel, parce que le journaliste concurrent qui travaille dans la presse écrite, peut couvrir ces informations en se basant sur des citations trouvées dans le communiqué de presse alors que le journaliste audiovisuel ne peut pas. Entendre un collègue frustré raccrocher le téléphone en disant “Vous voulez dire qu’il n’y a personne pour faire une interview ?“ alors que vous avez envoyé le communiqué de presse le jour même est le genre de situation qui crée une tension pouvant être facilement évitée.